Le « Storytelling » comme outil d’empowerment pour les femmes

Grâce à un partenariat entre l’association StoryAtelier et le GAMS (et aux fonds octroyés par Alter Egales suite à un appel à projet), 8 femmes ont eu l’occasion de créer, de A à Z, une vidéo racontant un volet de leur histoire. Trois jours d’atelier de « Digital Storytelling » remplis d’émotions, de solidarité et d’apprentissages…
Nous avons rencontré Marie Bryon pour en apprendre plus sur leur travail et cet outil.

Tout d’abord, pourriez-vous vous présenter ?
Marie : « Je suis journaliste. Suite à l’un de mes articles pour ‘Femmes d’aujourd’hui’, j’ai fait la connaissance du photographe Christophe Smets. Nous avions eu envie de travailler ensemble sur une problématique qui nous intéressait particulièrement : les MGF. C’est ainsi qu’est né le projet ‘Excision, ma façon de dire non’, avec le GAMS Belgique et la journaliste Céline Gautier.»

La découverte du Digital Storytelling
« Lorsque j’ai déménagé en Allemagne, j’ai rencontré Astrid Nierhoff et Mélina Garibyan et découvert leur association, StoryAtelier, qui propose du Digital Storytelling. L’outil m’a vraiment plu. En tant que journaliste, j’écris aussi des témoignages, je traduis les sentiments et les émotions des gens, mais je me suis souvent dit qu’il serait plus puissant de pouvoir les aider à s’exprimer avec leur propre voix. C’est ce que permet le Storytelling, grâce à des outils simples qui sont à la portée de tou.t.es. »

IMG_3173« Moi qui ne suis pas très « informatique » à la base, j’ai suivi la formation de storytelling, j’ai découvert les logiciels de montage et de travail des voix, la recherche d’images, de sons… Et j’en suis ressortie vraiment enrichie, non seulement techniquement, mais surtout humainement. Cette expérience m’a permis de comprendre comment on vit l’atelier et de rassurer les participantes en cas de doute. Il y a presque toujours un moment où on se dit ‘je ne vais pas y arriver’ … Mais on y arrive ! À la fin, tout le monde a son film. C’est un grand moment et on ressent toutes une grande fierté !»

 

 

Mais qu’est-ce que le « Digital Storytelling » ?
Le récit numérique, aussi appelé conte multimédia, désigne un film d’une durée de 2 à 3 minutes portant sur un thème personnel. « IMG_3159L’atelier se déroule en groupe et dure normalement trois jours, de 9h à 17h. Le premier jour, le groupe fait connaissance, puis on propose un atelier créatif pour que les participantes prennent confiance en leur la capacité à raconter une histoire. On accompagne chaque participant.e dans l’écriture de son histoire, et les participantes s’entraident également. À la fin de l’après-midi, chacune lit son histoire au groupe. 

Le deuxième jour est plus technique : on entre dans le procédé de recherche d’images, de vidéos et de musiques. Ensuite, l’une après l’autre, chaque participant.e enregistre son histoire, dans un « studio » aménagé pour l’occasion. C’est une étape importante, qui se fait à l’abri du bruit et des regards. Enfin, le dernier jour, les participantes travaillent sur leur bande son (voix et musique) et procèdent au montage. Etape après étape, elles s’approprient de nouveaux outils.»

À la croisée de l’art-thérapie, du conte autobiographique et de la thérapie de groupe, la création de vidéo personnelle permet de se réapproprier un vécu et de s’en détacher

Une fois leurs vidéos créés, les participant.e.s ont le choix de la garder pour elles/eux, de la partager avec leurs proches ou de la diffuser plus largement.

« Le digital storytelling peut aussi avoir un volet « médiatique », lorsque les auteurs acceptent de les diffuser. Ces vidéos autobiographiques permettent, en effet, à celui/celle qui les découvre de mieux saisir une problématique, une communauté, une réalité qui lui est étrangère. Emporté.e par l’émotion authentique du récit, il ou elle peut davantage s’identifier à l’auteur.e et développer de l’empathie. C’est pourquoi de plus en plus d’ONG utilisent le storytelling numérique comme outil de communication. »

Mise en place d’un projet avec le GAMS
IMG_3157« Quand j’ai découvert le digital storytelling, j’ai voulu l’utiliser pour travailler avec des femmes fragilisées, car c’est pour moi une façon de s’exprimer, de donner sa voix et de prendre distance tout en se renforçant. Je pense que pour les personnes qui participent au processus, il y a un avant et un après l’atelier.
J’ai tout de suite pensé au GAMS ; je me suis dit que ce serait un super outil pour son public. C’est ainsi que j’ai recontacté l’asbl, qui a demandé un subside à Alter Egales pour permettre à deux groupes de femmes d’y participer. »

Le premier atelier Storytelling avec le GAMS a ainsi été animé par Marie et sa collègue Astrid à Liège, en janvier 2018. Deux psychologues du GAMS ainsi qu’une animatrice communautaire y étaient également présentes. Huit femmes, toutes bénéficiaires du GAMS, ont participé à cet atelier qui a duré 4 jours. 

IMG_3178« C’était une superbe expérience pour tout le monde. Chacune a pu choisir la partie de son histoire qu’elle souhaitait travailler. Chaque histoire était très forte; certaines portaient sur l’excision, mais d’autres thèmes ont été également abordés, tels que le mariage forcé, les violences, l’exil ou encore la stigmatisation due à un handicap. La semaine a été forte en émotions pour tout le monde. L’atelier s’est clôturé avec la projection des vidéos. »

Quelle suite ?
« Il y avait deux psychologues avec nous. A la fin de l’atelier, elles ont proposé un suivi individuel aux participantes. A ce moment-là, personne n’en a ressenti la nécessité, affirmant qu’elles avaient l’impression d’avoir été au bout du processus. Par contre, elles ont émis le souhait de se retrouver par la suite pour faire quelque chose ensemble. L’atelier a forgé des liens entre elles. »

Un deuxième atelier est prévu fin avril avec un 8 autres femmes sélectionnées par le GAMS.

« Nous allons tirer profit du premier atelier pour aller plus loin encore dans l’accompagnement individuel et mettre en place un atelier encore plus adapté aux besoins spécifiques de ce groupe. J’ai vraiment hâte ! »

Texte et photos : Stéphanie Florquin

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