Compte-rendu de lecture: A la rencontre des femmes Afars : voyage ethno-photographique en terre d’infibulation

 

Lecture faite par Fabienne Richard, directrice du GAMS Belgique
Genre Livre photos et textes
Public visé Tout public
Notions clefs Afars – Ethiopie – Infibulation – Ethnographie – Photos 

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Lavabre, Marion, A la rencontre des femmes Afars : voyage ethno-photographique en terre d’infibulation, éditions Alter Ethno, France, 2014.

Situer l’auteure

Marion Lavabre est française, ethnologue et photographe. Elle cherche avec son travail à déconstruire les stéréotypes et les préjugés.

Déterminer le sujet

Ce beau livre de texte et de photo traite de l’infibulation et de la condition de la femme chez les Afars d’Ethiopie.

Résumé

Marion Lavabre, ethnologue et photographe, a eu la chance de vivre au cours de deux séjours en Ethiopie au plus près des femmes Afars pour mieux comprendre ce qui soutient encore aujourd’hui la pratique de l’infibulation (la forme la plus sévère de mutilations sexuelles féminines où non seulement le clitoris et les petites lèvres sont coupées mais les grandes lèvres sont cousues ensemble pour ne laisser qu’un minuscule orifice pour l’écoulement de l’urine et du sang menstruel). En tant qu’ethnologue elle ne juge pas mais cherche à comprendre et se met en position d’écoute et d’observation. Sa démarche a été acceptée par les Afars, au point qu’elle a gagné le surnom de « celle qui fait parler les vagins… ».

« Dans notre tradition, c’est inconcevable qu’une fille ne soit pas infibulée, c’est impensable, je ne sais pas pourquoi mais on ne peut pas le concevoir. On n’a jamais entendu parler d’une femme qui n’est pas fermée, c’est impensable. » Awa, femme Afar nomade, 30 ans.

A travers des témoignages d’hommes et de femmes Afars, de jeunes ou de gens vivant en couples, et des photos, l’auteure nous plonge dans les traditions de la communauté Afar d’Ethiopie et nous découvrons les étapes qui marquent la vie des femmes Afars : l’infibulation, le mariage, l’accouchement,…

Critique

On découvre à la lecture de ce livre que les femmes ont intégré cette violence de genre qu’est l’infibulation au point de se l’infliger à elle-même : les femmes qui viennent d’accoucher se referment elles-mêmes en se liant les jambes pour que les grandes lèvres se ressoudent entre-elles. Une jeune femme dont le mari n’aurait pas réussi à la « transpercer » (comme la tradition veut qu’un homme déchire sa femme avec son sexe lors de la nuit de noces) peut se moquer de lui devant les autres et demander à divorcer pour avoir un mari plus fort qui arrivera à la « prendre ». La violence et la souffrance de la première nuit de noces est ainsi valorisée. On complimente le couple quand on voit la jeune mariée qui a du mal à marcher le lendemain à cause de la douleur et des déchirures, preuve que l’homme était fort et viril.

Avis personnel

J’ai beaucoup aimé et je le recommande fortement.

La meilleure compréhension de la perception par les femmes de l’infibulation peut nous aider à aborder la question avec elles dans nos programmes de prévention. Quand on voit à quel point elle est défendue par les femmes elles-mêmes, on se rend compte du chemin à parcourir.

L’auteure propose également d’animer des conférences dialoguées : « l’infibulation chez les Afars d’Ethiopie et la construction de la féminité. Une exposition photo (20 tirages) est également disponible. Elle propose des ateliers d’ethnologie, des ateliers d’écriture (contacts marionlavabre@yahoo.fr : 00 33 631 84 00 43)

 

Un commentaire à propos de “Compte-rendu de lecture: A la rencontre des femmes Afars : voyage ethno-photographique en terre d’infibulation

  1. 1011

    Merci pour votre article et la découverte de cet ouvrage « A la rencontre des femmes Afars  » !
    Plasticienne engagée, j’ai réalisé des oeuvres sur le sujet des mutilations sexuelles féminines que j’ai pu présenter à 400 lycéens français pour la Journée des Femmes 2018. L’action est aussi la pédagogie et le débat.
    A découvrir : https://1011-art.blogspot.fr/p/blog-page.html

    Mais aussi une oeuvre plus pudique intitulée « Noli me tangere » sur l’inviolabilité du corps de la femme : https://1011-art.blogspot.fr/p/noli-me-tangere.html

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