Critique de film : Difret

 

Critique par  Stéphanie Florquin, coordinatrice des stratégies concertées MGF    Difret affiche poster 

Distributeur

Ad Vitam
Pays et année de production  Etats-Unis , 2014.  Sortie en Belgique le 24 juin 2015
Langue Amharique (Ethiopien)

Genre

Drame, Long-métrage (99 minutes)
Public visé Tous publics
Notions clefs Droits des femmes, droits des enfants, violences de genre, Ethiopie, mariage forcé et précoce

SITUER LE REALISATEUR
Le film a été réalisé par le cinéaste éthiopien Zeresenay Berhane Mehari. Zeresenay Berhane Mehari est d’orgine éthiopienne. Il a effectué ses études de cinéma aux États-Unis avant de revenir en Ethiopie. « Difret » est son premier long-métrage.

A PROPOS DU FILM
Difret a été présenté au festival de Sundance en 2014. Il était nominé pour le Grand Prix du Jury dans la catégorie Film du Monde et a finalement remporté le Prix des auditeurs dans cette même catégorie. Il a également été présenté au Festival de Film international de Berlin (2014).

SYNOPSIS
Difret_Still-3_Tizita-HagereCe film, basé sur une histoire vraie, se déroule en Ethiopie en 1996. Hirut (jouée par Tizita Hagere), une jeune fille de 14 ans vit avec ses parents et sa sœur dans un petit village à trois heures d’Addis Ababa, en Ethiopie. Un jour, alors qu’elle rentre de l’école, Hirut est kidnappée par un groupe d’hommes en chevaux. Nous apprenons que selon une vieille tradition éthiopienne un homme peut kidnapper une femme ou une fille s’il veut se marier avec elle. Hirut a donc été enlevée au nom de cette tradition, alors que son père s’oppose au mariage de sa fille. Il considère qu’elle est trop jeune pour quitter la famille et l’école.

Hirut est séquestrée, violée et agressée. Elle réussit à s’échapper le lendemain mais sera poursuivie par les hommes et fini par tuer son agresseur avec un fusil. Les hommes veulent la tuer sur place mais les gardes du villages d’entreposent et Hirut est emmenée au commissariat. Elle encourt la peine capitale. Alors qu’elle est emprisonnée en attendant son procès, le conseil du village se retrouve pour se prononcer sur son cas. Après une longue discussion, à laquelle participent notamment les pères de la victime et de la fille, les hommes se mettent d’accord sur l’éloignement du village de Hirut.

Difret_Still-1_Meron-GetnetLa jeune fille sera aidée par une avocate, Meaza Ashenafi (Meron Getnet) fondatrice de l’Association éthiopienne des femmes avocates (Ethiopian Women Lawyers Association), association de défense du droit des femmes et des filles qui vient notamment en aide aux femmes victimes de violences conjugales. Meaza réussira à libérer la fille en attendant son procès, contre l’avis du procureur et de la police.

Ne pouvant pas rentrer dans son village Hirut sera hébergée par Meaza et ensuite dans un orphelinat pour filles. C’est la première fois qu’elle vient en ville et elle découvre cet endroit bruyant, terrifiant, complètement différent de son village.

Grâce au travail de Meaza et de sa collègue, Hirut sera finalement acquittée par le juge qui reconnaitre la légitime défense.

CRITIQUE

Le réalisateur montre une société éthiopienne en mutation où cohabitent le système légal, représentée ici par la ville, et le droit coutumier, représenté par la campagne. Meaza et Hirut se battent non seulement contre les traditions mais également contre les autorités publiques car les policiers et procureurs veulent eux-aussi voir Hirut payer pour son « crime ». Le travail de l’ONG Ethiopian Women Lawyers Association fondée par de l’avocate sera même mis en danger par le Ministère de la Justice à cause de son rôle dans le procès de Hirut.
L’évènement de 1996 sur lequel se base le film a donné lieu, en 2004, à une modification du code pénal éthiopien interdisant les pratiques d’enlèvement et de mariage forcé et les condamnant à quinze ans de prison.

Difret_Tizita-HagereAVIS PERSONNEL

« Difret » montre finalement le combat de deux femmes contre cette société patriarcale qui prend forme autant dans la loi coutumière que dans l’autorité des hommes du pouvoir public (police et procureur). Elles se battent toutes les deux pour pouvoir choisir librement leur destin.

Dans l’une des scènes, alors que Hirut est hébergée par Meaza, elle lui demande pourquoi elle vit seule et n’est pas mariée. Meaza lui confit alors qu’elle-même a grandi dans un petit village comme celui de Hirut mais qu’elle a choisi de faire sa vie dans la grande capitale et de faire carrière en tant qu’avocate. Nous comprenons que pour une femme éthiopienne originaire d’un petit village, c’est un choix inhabituel. Meaza est une femme indépendante qui s’opposera même à son tuteur, un homme politique influentiel, lorsqu’ils ne sont pas d’accords sur la stratégie à adopter pour libérer Hirut car comme lui dit son tuteur « L’autodéfense n’a jamais été reconnue pour une femme…».

En termes de qualité cinématographique, l’image et le cadrage ne sont pas parfaits. Néanmoins, cela a l’avantage de donner un aspect authentique et pas trop « lisse » au film. Des situations qui auraient pu être comprises facilement par les images passent parfois trop souvent par une narration. Aussi, certaines situations apparaissent sans donner de suite, donnant une impression un peu décousue. Comme lorsque Hirut s’enfui et est attrapée par des personnes dans la rue et se retrouve saine et sauve dans la scène suivante, sans explications. De la même manière, une femme victime de violences conjugales sera aidée par Meaza au début du film sans qu’il y ait de suite. C’est une occasion manquée pour visibiliser la diversité des violences faites aux femmes, qui ne concerne pas que les villages isolés.

J’ai apprécié qu’on puisse se rendre compte de la complexité de la situation de Hirut. A la fin du film, lorsque que le tribunal a statué en sa faveur, elle quitte le tribunal avec Meaza, vainqueurs. Mais la victoire de Hirut n’est que partielle car elle ne pourra plus rejoindre sa famille dans le village. La fille regarde ses parents et sa sœur s’éloigner à pieds alors qu’elle monte en voiture avec Meaza. Au bout de quelques minutes elle demande au chauffeur de s’arrêter. Hirut dit à Meaza qu’elle veut rentrer à pied et la quitte sans plus d’explications. Même si elles ont toutes les deux gagné le procès nous comprenons bien que pour Hirut c’est aussi la perte de sa vie familiale et que Meaza ne peut pas remplacer ses parents et sa communauté.

Difret n’est pas un film parfait, mais c’est un beau film, accessible, qui traite d’un sujet important et peu courant en mettant en avant la résistance des femmes et filles éthiopiennes aux traditions patriarcales.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *