Droit au corps oeuvre pour l’abandon de toute forme de mutilation sexuelle

20160818-droit-au-corps-logoDroit au Corps est une jeune association française dont le sujet principal est la lutte contre la circoncision masculine non consentie et qui s’engage pour « l’abandon de toute forme de mutilation sexuelle ».
Nous nous sommes donné-e-s rendez-vous un soir dans le cabinet de psychologue d’Erwan* afin que les membres nous expliquent leur engagement. Selon la politique interne de Droit au Corps (DaC), l’entretien se fait en groupe. Ce soir ils/elle sont quatre sur place plus deux personnes qui nous rejoignent par vidéoconférence du Québec et de Belgique. [*le prénom a été modifié]

Un engagement né d’une expérience personnelle

L’idée de créer l’association Droit au Corps est venue de Nicolas il y a quelques années. « J’ai été circoncis à l’âge de 9 ans pour une raison pseudo-médicale de phimosis [prépuce dont l’étroitesse empêche la rétraction]. A l’adolescence, je me sentais très mal concernant cette circoncision et j’ai commencé à chercher des informations sur internet. C’est comme ça que je suis tombé sur le mouvement anglophone luttant contre la circoncision (mouvement Intactiviste). A 23 ans, il y a 6 ans, j’ai décidé de créer un blog intitulé « droit au corps » car je ne voulais pas que d’autres enfants vivent la même chose que moi. Grâce à mon blog j’ai été contacté par d’autres hommes souffrant de leur circoncision et nous avons commencé à diffuser des articles et vidéos sur internet. »
Le site actuel de l’association, qui comprend de nombreux articles et notamment des témoignages, existe depuis 2013, et l’association est née officiellement en 2015. Parmi les membres, on compte non seulement des hommes circoncis mais également des hommes non-circoncis et quelques femmes.

Quelles sont les particularités de Droit au Corps ?
Nicolas : « La première particularité est notre approche universaliste. Nous considérons qu’il faut promouvoir l’abandon des mutilations sexuelles de tous les enfants, quel que soit leur genre/sexe. Donc autant contre l’excision, la circoncision que les interventions sans fondement médical sur les enfants intersexes. »

Le principe fondateur de l’association, créée officiellement en 2015, est le droit de disposer de son corps et promeut  « l’abandon de toute forme de mutilation sexuelle – féminine, masculine, transgenre et intersexe* : excision, circoncision ou autre – c’est-à-dire toute modification d’organe sexuel pratiquée sur un individu sans son consentement libre et éclairé, et sans nécessité médicale ». Étant donné que l’association a été créé par des hommes circoncis cette pratique reste la principale préoccupation mais les membres de DaC s’ouvrent aussi à d’autres types d’interventions sur l’organe sexuel des enfants.

[*Le terme ‘intersexe’ est utilisé pour décrire une personne « dont le sexe biologique ne peut pas être classifié comme clairement mâle ou femelle. Une personne intersexe peut avoir les attributs biologiques des deux sexes ou manquer certains attributs biologiques considérés comme nécessaires pour la définition d’un sexe ou l’autre. L’intersexualité est toujours congénitale et peut avoir son origine dans des variations génétiques, chromosomiques ou hormonales »  – Organisation internationale intersexe, OIII ]

J-C : « Une autre particularité de l’association est le fonctionnement non-hiérarchisée basé sur le débat. Toutes les décisions sont prises et archivées de façon publique, c’est ce que les membres appellent la ‘transparence radicale’. La participation aux activités est gratuite et ouverte à tou-te-s ».

SC-MGF : Et vous autres, comment avez-vous été amenéEs à vous intéresser à ce sujet ?

Laurent : « J’ai rejoint l’association en début d’année parce que je suis circoncis et je voulais me renseigner sur les possibilités de restauration du prépuce. J’ai découvert DaC en cherchant sur des sites américains. Aujourd’hui j’ai commencé ma réparation et j’en vois déjà des résultats positifs. »

Erwan : « J’ai été circoncis à 8 jours dans la tradition juive. Lorsque j’ai débuté une psychothérapie ma circoncision est remontée à la surface. Avec mon thérapeute nous nous sommes rendus compte que certains de mes troubles psys étaient liés au vécu de la circoncision. »

J-C : « Je ne suis pas circoncis mais j’ai connu la question des mutilations sexuelles par mon engagement dans une association féministe de planification familiale. Nous pouvons tirer des parallèles entre la circoncision et l’idéologie de reproduction dominante qui empêchent certaines personnes de disposer librement de leur corps : questions d’avortement, de contraception, de fin de vie, de « sexualité contre-nature », l’institution du couple-mariage et de la famille monogame… »

Luc : « Pour ma part je suis intact mais j’ai été traumatisé par la façon dont la médecine scolaire a traité un phimosis supposé durant mon adolescence. Les médecins étaient violents, j’ai été coincé sur une table, et par conséquences j’ai eu un paraphimosis à 16 ans [prépuce coincé derrière le gland, qui devient bleu puis noir]. J’ai pensé à me suicider, heureusement j’ai finalement réussi à guérir le paraphimosis. Après j’ai fait une l’amnésie traumatique jusqu’au moment où s’est déclenché un syndrome de stress-post-traumatique 35 ans plus tard suite à la découverte d’un récit semblable. Depuis j’ai réuni une information abondante pour aider les jeunes et les parents à s’autonomiser en matière de santé sexuelle du pénis. Aujourd’hui, en France, en Belgique… il existe encore dans quelques rares endroits de la médecine scolaire inadaptée qui détruit psychologiquement les jeunes et fait de la promotion en faveur de mutilations sexuelles définitives. »

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Illustration site Droit au corps

Marie* : « Droit au Corps compte environ un quart de membres féminins. Personnellement, c’est en rencontrant un partenaire d’origine africaine, circoncis, que j’ai commencé à m’intéresser à la question de la circoncision et que j’ai découvert Droit au Corps. Pour moi il y avait clairement une différence entre la relation sexuelle avec mes partenaires précédents, non circoncis, et mon partenaire actuel, circoncis. J’avais moins de sensations avec mon nouveau partenaire et je remarquais qu’il avait moins de sensibilité également et que pour cette raison il était plus ‘énergétique’ dans le rapport. Sur internet j’ai découvert d’autres témoignages de femmes partageant mon expérience et j’ai moi-même témoigné sur le site de DaC. Je me suis engagée à DaC pour protéger d’autres enfants.» [*le prénom a été modifié]

SC-MGF : Comment votre conjoint a-t-il réagit à votre démarche ?
« Au début ça a été difficile d’aborder le sujet avec lui. Son propre fils de 9 ans devait être circoncis et le réclamait. Mon compagnon a conduit trois fois à l’hôpital mais a changé d’avis à chaque fois. Un jour il a fait le lien entre une conséquence psychologique et sa circoncision à 9 ans : il n’avait plus eu d’érection après sa circoncision et jusqu’à l’âge de 21 ans. Aujourd’hui mon partenaire a avancé sur le sujet et il a obtenu de sa mère que plus personne ne soit circoncis dans sa famille. »

Selon vous, y a t-il un lien entre la circoncision et les troubles de sexualité ?
Laurent : « Pour moi oui. Depuis que j’ai commencé ma restauration [arriver à couvrir le gland de peau], j’ai noté un progrès en matière de sensations sexuelles. »

J-C : « Il y a aussi des impacts potentiels sur les femmes, par exemple le fait que la circoncision entraîne une perte de sensation sexuelle qui exigent une plus grande ‘brutalité  ou ‘énergie’ par l’homme pour atteindre l’orgasme. »

Marie* : « Je suis entrée en contact avec un médecin au Rwanda où est pratiquée la campagne circoncision dans le cadre de la lutte contre le VIH* Il a fait des interviews auprès de 42 hommes circoncis en tant qu’adultes et il est ressorti que 38 hommes ont dit que leur sexualité était moins satisfaisante ou nettement moins satisfaisante qu’avant leur circoncision et les 4 autres n’avaient pas eu suffisamment de rapports pour pouvoir comparer. A mon avis il serait intéressant de mener une enquête massive auprès d’adultes circoncis pouvant témoigner de l’avant et l’après. »  [la circoncision est supposée diminuer le risque de transmission du VIH des femmes aux hommes – article de DaC]
 
Quelles sont les actions principales de DaC ? Vos projets passés et futurs ?
Droit au Corps gère le site internet avec des actualités sur la circoncision et les autres mutilations sexuelles, dont des témoignages d’hommes circoncis ainsi que de femmes et de parents opposé-e-s à la circoncision. En plus de ce partage d’informations les membres de l’association réfléchissent sur la mise en place de divers projets concrets.

E : « Un projet, qui m’intéresse personnellement, c’est l’élaboration d’une cérémonie juive pour remplacer la circoncision, Brit Shalom (‘l’alliance de la paix’), un rituel d’accueil dans la communauté juive sans ‘la coupure’ physique de la chair. A terme des rituels pourraient être lancées conjointement sur les pratiques de l’Afrique, pourquoi pas conjointement avec les rituels mis en place pour l’abandon de l’excision ? »

J-C : « Un autre projet qui est au stade de la réflexion est de créer une ‘passerelle’ entre les migrants africains et les personnes vivant dans leurs pays d’origine.  Une approche qui nous semble particulièrement intéressante sont les projets de substitution de revenus économiques alternatifs pour les personnes qui effectuent les excisions et les circoncisions. »

Une vision éthique en constante réflexion…
J-C : « Au niveau de notre vision on partage l’avis des SC-MGF que l’excision est une norme sociale très forte. Pour nous il en est de même avec la circoncision. Nous pensons ainsi que comme pour l’abandon de l’excision, il est primordial d’arriver à une décision collective de la communauté afin que les filles et les garçons qui ne sont pas excisées ou circoncis, ainsi que leurs familles, ne soient pas déshonoré-e-s et rejeté-e-s. Comme le dit les SC-MGF ‘cette évolution sociale requiert un environnement favorable, ouvert à la discussion avec les familles et notamment un partenariat avec des alliés stratégiques dans la société civile, les médias et le gouvernement’. »

Nicolas : « On a beaucoup creusé la question éthique pour se demander ce qu’on voulait vraiment : l’intégrité physique ou l’allègement de la souffrance ? Le problème avec l’idée d’intégrité physique est qu’elle implique une sacralisation de la nature… C’est pourquoi nous avons finalement pris nos distances par rapport à la revendication de ‘l’intégrité’ et opté clairement pour l’allègement de la souffrance. A partir de cette priorité éthique on définit quelles alliances sont possibles ou doivent être évitées. »

Marie : « On n’est pas pour l’interdiction de la circoncision lorsque l’individu concerné est apte à consentir. Ce que l’on veut est un débat public sur les conditions de consentement à la circoncision. Il faut éveiller les consciences… Un enfant, un petit bébé, ne peut pas consentir !»

Excision, circoncision, mutilation génitale intersexe… similarités et différences
Si le combat principal de Droit au Corps reste celui contre la circoncision sans consentement libre et éclairé, l’association s’ouvre également aux autres mutilations génitales : celles imposées sur les filles et les femmes et celles imposées sur les personnes intersexes, notamment les enfants.

Nicolas : « L’excision est un sujet assez connu. Mais à force de m’intéresser à la circoncision, à faire des recherches sur internet, j’ai pris conscience d’autres enjeux, notamment la question des intersexes que j’ignorais jusque-là. »

Quelles similarités ou différences voyez-vous entre la circoncision, l’excision et les procédures imposées sur les personnes intersexes ?

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Illustration site Droit au corps

J-C : « Le premier parallèle est que toutes ces pratiques sont génératrices de souffrances. Deuxièmement, l’origine anthropologique est commune, c’est-à-dire l’idéologie de reproduction, avec la bi-catégorisation culturelle des genres homme/femme et les pratiques visant à supprimer toute ambiguïté entre les genres, comme c’est le cas pour la circoncision et l’excision qui visent aussi à favoriser la reproduction et son contrôle. Aussi, les chirurgies pratiquées sur les enfants intersexes visent à garantir cette catégorisation, en forçant toute personne à être soit « femme » ou « homme » ».

Marie : «Pour l’excision et la circoncision il s’agit de pratiques millénaires ayant un ancrage culturel très profond, justifiées par les arguments religieux. »

Nicolas : « Quant aux différences entre les pratiques il y en a bien évidemment et il ne s’agit pas de les nier. Par exemple, certaines formes de mutilations féminines, telles que l’infibulation, sont extrêmes en termes de souffrances à court et long terme. De ce point de vue, c’est incomparable à la circoncision. »

J-C : « Néanmoins, nous voyons une certaine discrimination à l’encontre du genre masculin avec un déni de la société, notamment au niveau des institutions internationales censées se préoccuper de droits humains (ONU) et de l’intérêt des enfants (Unicef) ou de santé (OMS), dans la façon de traiter la question de la circoncision comme elles le font pour l’excision. »

Luc : « Au niveau du nombre de cas les pratiques diffèrent également. L’excision concerne environ trois millions de filles et de femmes par an, comparé à 13 millions de garçons. Le chiffre est bien moindre pour les personnes intersexes. »

Droit au Corps aimerait travailler davantage sur les mutilations sexuelles féminines – l’association préfère la terminologie française à celle utilisée en Belgique, mutilations génitales (MGF) car “génital” se restreint étymologiquement aux organes nécessaires à la reproduction (ex. le clitoris n’est pas un organe génital).

Luc : « Nous pensons qu’il faut éviter l’incohérence culturelle consistant à dévaloriser l’excision tout en valorisant la circoncision, pour des populations qui y voient une même signification rituelle, de passage du monde des petits au monde des grands, notamment. »

Marie : « Les alliances entre acteurs des MSF et des MSM [mutilations sexuelles masculines] semblent indispensables, même si elles sont parfois difficiles. Nous pensons que différents chantiers pourraient être menés en commun telles que l’activation de passerelles entre mondes culturels qui pratiquent ou pas, entre les pays d’origine et les communautés d’immigrés, telle que font les associations comme le GAMS Belgique dans la lutte contre les MGF. »

J-C : « A long terme on aimerait promouvoir la création d’une alliance mondiale pour l’abandon des mutilations sexuelles, que ce soit la circoncision, l’excision ou les mutilations des enfants intersexes … »

Site web de Droit au Corps : http://www.droitaucorps.com
Site de Luc sur les problèmes de phimosis : http://phimosis-abc.eu/

Information circoncision en Belgique :

Un commentaire à propos de “Droit au corps oeuvre pour l’abandon de toute forme de mutilation sexuelle

  1. John Milton

    Si le combat de Droit au Corps est tout à fait légitime, son mode de fonctionnement actuel est sectaire. Contrairement à ce qui est revendiqué dans cet article, l’association ne fonctionne pas de façon non-hiérarchisée en se basant sur le débat mais en donne seulement l’illusion. La transparence radicale ne fonctionne que tant que les propositions vont dans le sens des membres les plus influents. C’est le conseil d’administration qui décide in fine, ce qui s’est passé pour deux décisions majeures les 12 derniers mois.

    J’ai été membre pendant un an, ayant souffert de ma circoncision, effectuée durant l’adolescence. J’ai contribué à la rédaction d’articles, à des traductions et représenté à une occasion l’association lors d’une rencontre avec le coprésident d’Intact Denmark. J’ai longuement débattu de la pertinence d’invalider la concept d’intégrité physique comme le fait l’association car il me semble tout à fait pertinent dans la lutte contre les mutilations sexuelles, ce qui m’a valu d’être exclu de l’association.

    Au sein de l’association plusieurs membres ne voient pas d’objection à ce qu’on qualifie la souffrance née de l’atteinte à l’intégrité physique d’illusion. Au lieu d’écouter les victimes on leur dit que ce type de souffrance est comme un mirage de leur esprit. Certains membres comparent volontiers la circoncision d’un bébé avec le fait de lui couper les ongles dans le débat sur l’intégrité physique sans que cela leur pose problème.

    C’est dommage car il y a aussi des gens formidables dans cette association. Je ne souhaite rien moins que leurs efforts pour ouvrir une débat sur le consentement éclairé des intéressés à la circoncision soient couronnés de succès et qu’ils réussissent à éveiller les consciences sur ce sujet trop souvent méconnu ou mal compris. Il est regrettable néanmoins que cette association laisse l’idéologie de ses membres les plus influents prendre le pas sur l’ouverture et l’écoute des victimes.

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