Critique de film : #FemalePleasure

Critique par  Chloé Pinaud
Distributeur JUSTE DOC
Réalisation  Barbara Miller
Pays et année de production Suisse/Allemagne, 2018
Genre Documentaire (97 minutes)
Public visé  Tout public, adultes
Notions clés Violences basées sur le genre, violences faîtes aux femmes, droits des femmes, MGF, sexualité, empowerment

Que s’est-il passé, il y a des milliards d’années pour que l’on s’attaque à nos corps ? 

On nous contrôlent, nous mutilent, nous bât, nous viole, nous fait porter le chapeau du fait de notre genre.

Qu’il y a-t-il de si effrayant à ce qu’une femme éprouve du désir sexuel, qu’elle soit un être sexué ?

Des phrases qui percutent, raisonnent et nous confronte aux réalités des femmes, des filles et des violences basées sur le genre tout autour du monde. Telle est la ligne directrice du documentaire « #FemalePleasure » réalisé par Barbara Miller.

Sur la réalisatrice

Barbara Miller est née en 1970 à Zurich. Elle a suivi des études de cinéma, philosophie et psychologie à l’Université de Zurich, puis à a été l’assistante réalisatrice et l’assistante monteuse de Christian Frei sur War Photographer (2001), nominé aux Oscars. Elle a réalisé son premier long‐métrage documentaire « Forbidden Voices » (2012) qui a été présenté en avant‐première mondiale au Festival international du film documentaire d’Amsterdam (IDFA). Ce dernier a été nommé «meilleur documentaire» au Swiss Film Award, et sélectionné dans plus de soixante‐dix festivals du monde entier.

Synopsis

Female Pleasure c’est le récit de cinq héroïnes venant cinq pays qui, à travers leurs histoires personnelles, dénoncent les discriminations et violences sexuelles faites aux femmes. Deborah Feldman, Leyla Hussein, Rokudenashiko, Doris Wagner, et Vithika Yadav viennent de pays différents, ont des cultures et religions différentes. Elles ont néanmoins un point commun : le fait d’avoir vécu des violences ou des discriminations parce qu’elles sont femmes. Des thèmes différents sont abordés : mariage arrangé et forcé, mutilation génitale féminine, violences sexuelles, violences conjugales, négation et/ou oppression de la sexualité des femmes…

Barbara Miller tient à souligner cependant un élément :

« Il ne s’agit pas d’un film sur les religions, et encore moins sur la foi. Je veux montrer la diabolisation structurelle, universelle et millénaire du corps féminin et de sa sexualité. »

Dans le documentaire nous découvrons comment les protagonistes ont pu reprendre le pouvoir sur leur vie et se battre pour les droits sexuels, le droit de pouvoir disposer de son corps et avoir une sexualité épanouie.

À travers ces 5 récits de vie tant difficiles qu’inspirants, Barbara Miller part à la recherche d’explications sur cette condamnation du corps des femmes. Partout dans le monde, à différentes échelles, célébrer son corps et sa sexualité en tant que femme engendre des représailles ou est accueilli par du silence.

 

Critique

Au-delà de cette quête de la source de la diabolisation du corps des femmes –  malheureusement nécessaire au sein de notre société actuelle – Barbara Miller s’engage, à travers ce documentaire, à la promotion de la sexualité des femmes partout dans le monde. Le message est adressé aussi bien aux femmes, qu’aux hommes. Le documentaire appelle à la mise en place d’une réflexion commune sur les besoins des femmes et des filles en matière d’informations sur la sexualité et d’accès aux ressources. Enfin, il encourage les filles et les femmes du monde entier à découvrir leurs corps et à « se dresser contre les dogmes religieux, culturels et sociaux » pour réclamer le droit à une sexualité choisie, une libération du corps féminin.

 

Avis personnel

« Female pleasure » représente selon moi une réelle opportunité pour saisir les multiples aspects et formes que revêt les violences basées sur le genre et l’oppression  universelle du corps féminin. Le fait de raconter plusieurs histoires et parcours de vie permet au spectateur d’être immergé dans le vécu de ces femmes. En effet, ces dernières incluent le spectateur dans leur intimité. L’authenticité des émotions et du vécu demeure prenante jusqu’à la fin du documentaire. Celui-ci permet néanmoins d’aller plus loin et de prendre conscience du fait que ces violences sont diverses, existent partout et nous touchent de différentes manières. De plus, l’atmosphère est certes très touchante, mais n’est pas centrée sur le « pathos ». La force émanent des femmes et l’empowerment de ces dernières prennent le dessus sur la souffrance et nous laissent un sentiment d’espoir à la fin du documentaire.

En termes de qualité cinématographique, les images et les plans sont très artistiques, ils permettent justement au spectateur de saisir visuellement la réalité des 5 protagonistes. Le fait de s’adresser directement aux femmes à certains moments, comme si nous regardions une interview, permet également d’avoir le point de vue de la principale concernée. Ce côté authentique nous fait parfois oublier que nous visionnons un documentaire et permet une certaine immersion chez le spectateur.

 

Ce documentaire est à voir, à partager et à utiliser comme outil de prévention et promotion de la santé sexuelle. Reprenons pour finir le Leitmotiv du documentaire de Barbara Miller, symbole de cette lutte encore malheureusement nécessaire : Brisons le silence, soyons invincibles, revendiquons #FemalePleasure!

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