Accompagner les femmes enceintes – prépa’ naissance au GAMS

Nous avons rencontré Pauline Soupa et Mathilde Borcard, bénévoles à l’Atelier « Préparation à la naissance » du GAMS à Bruxelles.

Pauline Soupa est sage-femme. Elle travaille actuellement au CHU St.Pierre ainsi que dans un cabinet de sages-femmes, « Le Framboisier », et a rejoint le GAMS en tant que bénévole en 2011.

Mathilde Borcard est praticienne somatique, formée à Berlin où elle a obtenu son diplôme en 2016. Elle est la fondatrice de l’asbl « L’Estime » et vient de rejoindre l’équipe de la « Prépa naissance » cette année.

Comment avez-vous été amenée à vous engager dans la préparation à la naissance ?

Pauline : « Suite à une première rencontre avec le GAMS, lors d’une conférence, j’ai commencé à participer en tant que bénévole aux ateliers mensuels « dernier vendredi du mois ». Les thèmes abordés par les femmes fréquentant ces ateliers concernaient souvent la périnatalité et j’ai constaté que la préparation à la naissance à laquelle elles avaient accès en tant que femmes migrantes précaires se résumait principalement à l’aspect médical. Elles n’ont pas l’espace pour parler de leur histoire, leur parcours migratoire, le fait qu’elles aient subi une mutilation génitale et souvent d’autres violences. La Directrice du GAMS, Fabienne, elle-même sage-femme, avait eu l’idée de mettre en place un atelier pour remédier à ce manque. »

C’est ainsi qu’en 2012, un groupe de sages-femmes se sont engagées au sein d’un atelier « Préparation à la naissance » à destination de femmes migrantes ayant subi une MGF et/ou d’autres violences.

Les questionnements des femmes au centre de l’Atelier

Les femmes qui participent sont généralement demandeuses d’asile, parfois régularisées ou au contraire sans-papiers. La majorité sont Guinéennes mais il y a également des femmes érythréennes, djiboutiennes, sud-soudanaises, sierra léonaises, nigériennes ou encore burkinabé. La majorité sont seules en Belgique, le père de l’enfant n’est pas présent dans la plupart des situations.  Pour certaines, il s’agit de la première grossesse, d’autres ont déjà des enfants.

Pauline : « On a rapidement dû adapter notre idée du départ à la réalité du public du GAMS. Il n’est pas possible d’avoir une série d’ateliers où chaque femme participe tout au long de sa grossesse. Certaines femmes viennent alors que la grossesse est déjà bien avancée,  certaines ne viennent qu’une ou deux fois, d’autres à chaque séance. C’est très variable.»

Chaque atelier part des questionnements et besoins des femmes présentes ce jour-là. Elles ont toutes en commun d’avoir subi des violences sexuelles ou physiques, la quasi-totalité a subi l’excision.

Mathilde : « Certaines femmes ne parlent pas français. Or, les ateliers se font sans présence de traductrice. Un système d’entraide se met souvent en place, où une femme traduit pour une autre. Parfois on sort nos gsm pour mettre google translate en tigrinya afin de pouvoir échanger avec les femmes érythréennes » 

Partager les expériences, valoriser les savoirs des femmes

Les sages-femmes sont là pour répondre aux questions des femmes par rapport à la grossesse et à l’accouchement. Elles expliquent notamment comment se passe un accouchement dans un hôpital belge car c’est souvent très différent de ce dont les femmes ont l’habitude dans leur pays d’origine. Le partage d’expériences est un aspect central.

Pauline : « Les femmes partagent des astuces propres à leur pays d’origine, des choses que nous ne pourrions pas leur dispenser. En tant que sage-femmes, on est là pour donner des informations, pour répondre aux préoccupations plus médicales, mais leur savoir est important et l’atelier sert aussi à le valoriser. L’atelier a aussi une fonction sociale très forte pour les femmes, c’est l’occasion pour elles de rencontrer d’autres femmes originaires du même pays, de parler leur langue.»

Pour toute transmission de « connaissances médicales » les sages-femmes essayent le plus possible de s’adapter à la réalité des femmes.

On n’est jamais dans le diktat ‘Il faut faire ceci ou cela, c’est nécessaire pour le bébé… ‘ On part des ressources des femmes, de ce qu’elles savent. On le valorise. 

Pauline : « Souvent, les femmes sont en situation précaire, ce sont les centres qui leur donnent la nourriture, pas toujours adaptée aux besoins spécifiques d’une femme enceinte. Dans tous les cas on n’est jamais dans le diktat « Il faut faire ceci ou cela, c’est bien pour le bébé… ». On essaye vraiment de voir quelles sont leurs ressources, de partir de ce qu’elles savent et de le valoriser. »

Mathilde : « On réfléchit aussi en termes de mobilisation des ressources autour des femmes, comment l’entourage peut les soutenir plutôt que de mettre toute la responsabilité sur elles. Par exemple, beaucoup de femmes ne se nourrissent pas suffisamment. On essaye alors de leur encourager à repartir de l’atelier avec de la nourriture. »

Au lancement de l’atelier il y avait, en plus des sages-femmes, deux psychologues dans le groupe. Ensuite une massothérapeute a rejoint l’équipe et y a introduit pour la première fois l’approche corporelle. Aujourd’hui cet atelier corporel est maintenu grâce à la présence de deux praticiennes somatiques, dont Mathilde, et d’une ostéopathe. La séance se déroule avec un groupe en collectif et un travail individuel en parallèle.

Le but de l’atelier corporel est de permettre aux femmes d’être en contact avec leur corps, avec leur vécu et tout ce qui se transforme pendant la grossesse. 

Mathilde : « En tant que praticienne somatique, je travaille sur les conséquences somatiques du psycho-trauma. Je travaille surtout sur la douleur chronique et l’anxiété. Le but est d’amener les personnes à être ok avec ce qu’elles sentent, plutôt qu’à être en résistance, et à se sentir en sécurité dans leur propre corps. On travaille beaucoup sur les mécanismes de résistance et les mécanismes de survie, qui sont mis en place notamment pour les personnes ayant vécu un trauma. Le but de l’atelier corporel est de permettre aux femmes d’être en contact avec leur corps, avec leur vécu et tout ce qui se transforme pendant la grossesse. »

La place de l’excision lors de la préparation à la naissance

Bien que la quasi-totalité des participantes à l’atelier prépa’ naissance soient excisées, les animatrices ne focalisent pas sur cet aspect pendant l’atelier. Toutefois, il est primordial de répondre aux questions et aux craintes des femmes.

Pauline : « Les conséquences de l’excision, elles le vivent déjà, elles en savent plus que nous sur la question. Mais beaucoup de femmes ont des idées reçues autour de l’excision et l’accouchement. Notamment, celle qu’une femme excisée va forcément être déchirée, subir une épisiotomie ou vivre d’autres complications. Elles ont souvent très peur de l’accouchement. On essaye d’avoir un discours positif, encourageant, rassurant. »

Parmi les conséquences de l’excision pour la grossesse, on constate un taux plus important d’anémie que chez d’autres femmes. Cela s’explique par la peur d’avoir un gros bébé – qui serait plus difficile à faire sortir – et donc une restriction en nourriture et parfois des carences.

Le lien avec les structures de soin et d’accueil fréquentées par les femmes pendant leur grossesse

Pauline : « On constate encore, de moins en moins mais ça arrive, qu’il y a des gynécologues et des sages-femmes qui ne connaissent pas bien la problématique des MGF. Il.e.s sont parfois perdu.e.s. On le voit rarement mais, il arrive encore que des médecins proposent des césariennes automatiquement pour des femmes infibulées. »

Mathilde : « Parfois il y a aussi le problème contraire, des professionnel.le.s qui minimisent les conséquences que l’excision peut avoir lors de l’accouchement. »

Afin de faire un lien entre l’Atelier et les services de soins, chaque participante reçoit une lettre qu’elle peut (si elle le souhaite) transmettre à son gynécologue et/ou sage-femme, où il est expliqué que la personne participe à la préparation à la naissance au GAMS et que le/la professionnel.le peut revenir vers le GAMS en cas de difficultés ou de questions.

L’empowerment des femmes, au niveau de leur capacité de se faire entendre auprès des autres professionnel.le.s de santé, et au niveau corporel, fait partie des priorités de l’atelier.

Pauline : « On leur dit, ‘si tu as une question, n’hésite pas à la poser à ton médecin ou sage-femme, tu as le droit’ »

Échanger sur les normes et les rituels autour de la naissance

Dans tous les pays il y a des rituels autour de la naissance. La préparation à la naissance apporte l’opportunité pour les femmes, et les bénévoles, d’échanger sur les rituels dans leurs contextes culturels.

Pauline : « Certains gestes ou pratiques  sont liés au bagage culturel. Par exemple claquer des doigts au point culminant de l’accouchement, comme mode d’expression de la douleur. »

Mathilde : « On apprend d’elles, c’est génial ! »

C’est aussi l’occasion d’expliquer aux femmes les normes en vigueur en Belgique, et les outiller au cas où elles souhaitent autre chose que ce qui est généralement proposée. Par exemple, en Belgique on a tendance à ne pas laver le bébé directement après l’accouchement, car cela l’aide notamment à maintenir sa température corporelle. Mais pour les femmes guinéennes il est souvent important de laver l’enfant rapidement après la naissance car elles ont la croyance que sinon il ou elle sentira mauvais toute sa vie.

Pauline : « On explique aux femmes que ce n’est pas parce que ce n’est pas généralement fait dans les hôpitaux belges qu’elles n’ont pas le droit de le faire. On leur dit, ‘si c’est important pour toi de faire le premier bain après la naissance, tu as le droit de l’affirmer auprès du personnel médical à l’hôpital, cela ne va pas faire de mal à ton bébé, on s’assurera seulement qu’il maintienne une bonne température’. »

Un autre exemple, certaines femmes sont gênées par les prises de sang à répétition pendant la grossesse car elles ont l’impression qu’on leur prend trop de sang alors qu’elles en ont besoin pour leur bébé. C’est une grande différence par rapport à leur pays et souvent on ne leur a pas expliqué, ou elles n’ont pas compris, pourquoi on fait cela.

« Il est absolument nécessaire que toutes les femmes enceintes puissent avoir accès aux informations et acquérir une réelle capacité à choisir ce qu’elles veulent. Permettre un vrai Oui, ou un vrai Non. Or souvent, le corps médical ne prend pas la peine ou n’a pas le temps d’être sûr que la personne a bien compris ce qui va lui arriver ou ce qu’on lui propose. Lors de l’Atelier on prend le temps d’expliquer. Comprendre change tout pour les femmes et leur permet un vrai choix. »

Quelles perspectives pour l’atelier ?

Actuellement la « Préparation à la naissance » fonctionne grâce aux fonds propres du GAMS, il n’y a pas de financement spécifique. Ainsi, toutes les personnes qui animent l’atelier sont bénévoles ce qui entraîne un turn-over important. Dans le futur, le groupe espère pouvoir compter sur un financement plus structurel afin d’assurer la pérennité et la qualité de cet accompagnement si important pour les femmes.

De plus, fortes de l’expérience de l’atelier prépa’ naissance et des constats du terrain, l’équipe de sage-femmes et le GAMS, prévoient de mettre en place un atelier pour les professionnel.le.s autour l’identification des vulnérabilités chez les femmes enceintes. Cet atelier sera organisé dans le cadre des SC-MGF et devrait avoir lieu à l’automne 2019… 

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