Rencontre avec deux jeunes femmes guinéennes, militantes et futures relais communautaires

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             Assiatou (gauche) et Diariou (droite)

Nous avons rencontré Assiatou et Diariou, deux jeunes femmes dans la 20aine. Elles partagent plusieurs points communs : toutes deux Peuls d’origines guinéennes, toutes deux étudiantes pour devenir assistante sociale, elles ont toutes les deux fait un stage à l’asbl GAMS dans le cadre de leurs études, et aujourd’hui elles participent à la formation du GAMS pour devenir relais communautaires.
Entretien à deux voix….

Tout d’abord, pourriez-vous vous présenter ?
Assiatou : « Mon nom c’est Assiatou Diallo, j’ai 26 ans. Je suis Guinéenne, Peul, originaire de la région Labé, mariée  et mère de deux enfants. Je suis en Belgique depuis environ 5 ans. Je fais des études d’assistante sociale que j’ai commencée directement après la formation d’intégration. J’ai toujours aimé le social, écouter les gens et les aider. Au pays je faisais des études de sciences sociales et c’était logique pour moi de continuer dans le milieu social . C’est dans ce cadre que j’ai effectué mon stage de 3ème au GAMS. »

Diariou : « Je m’appelle Diariou Sow, je suis aussi Guinéenne et Peul et ça fait bientôt 6 ans que je suis en Belgique. J’ai connu le GAMS, alors situé rue Traversière, quand j’étais demandeuse d’asile. A cette époque je venais souvent aux activités et je participais notamment à l’atelier Expression corporelle. Venir au GAMS m’a beaucoup aidé à l’époque car j’étais très isolée et ici je pouvais retrouver d’autres personnes et notamment des personnes de mon pays. L’association a

eu une place très importante dans ma vie en Belgique. Comme Assiatou, je fais des études d’assistante sociale et j’ai effectué un stage de 2 mois au GAMS. »

Pourquoi aviez-vous choisi le GAMS comme lieu de stage d’AS ?
Assiatou : « J’ai connu le GAMS lors de mon stage de 2ème année que j’ai réalisé au centre Fédasil de Woluwe Saint-Pierre. J’ai été ravie d’apprendre qu’il existe une association en Belgique qui traite de la problématique des MGF. ’ai choisi d’y faire un stage parce que j’ai un futur projet de pouvoir participer à l’abolition des mutilations génitales féminines dans mon village, de la région moyenne-Guinée, à Labée. Je souhaitais mieux comprendre la problématique et savoir comment aborder la question avec les personnes de mon village. Grâce au GAMS j’ai compris qu’il faut une certaine manière pour l’aborder, pour ne pas heurter les personnes, il faut bien préparer ses arguments et savoir comment faire face aux idées reçues. »

Diariou : « Pour moi, l’excision était quelque chose que je n’arrivais pas à digérer, lorsque j’ai été excisée, petite fille, j’aurais voulu que quelqu’un soit là pour dire ‘Non’. Quand je voyais d’autres petites filles partir pour l’excision je voulais les aider, mais je ne pouvais rien faire, ma voix ne comptait pas.
J’ai choisi de faire un stage au GAMS pour pouvoir répondre aux arguments des personnes qui sont favorables à l’excision et aussi pour avoir un poids au niveau de ma communauté. Même si j’étais déjà opposée à l’excision avant de rencontrer le GAMS je ne savais pas comment l’aborder et je n’étais pas à l’aise pour parler de ça avec les membres de la communauté. »

Jusqu’à présent j’ai du mal à comprendre que l’homme est plus valorisé que la femme. Quand j’étais plus jeune je me disais souvent ‘mon dieu, pourquoi tu ne m’as pas créé homme ??’

La question de droits des femmes touche toutes les communautés, tous les pays.

Donc vous étiez déjà opposées à l’excision depuis longtemps ?
Les deux :
« OUI ! »

Assiatou : « Pour moi la prise de conscience a commencé lorsque j’ai moi-même subi l’excision, à 10-12 ans. C’est surtout la manière dont ça s’est passé. On te dit pas ce qui va se passer, tout d’un coup il y a des femmes qui te prennent, tu cries mais cela ne leur importe pas.
Dans mon village les filles étaient excisées ensemble, on nous faisait dormir sur une natte par terre, manger dans la même calebasse. Il n’y avait pas de respect pour nous. L’excision est une manière d’affaiblir les femmes. »

Diariou : « Et pas que l’excision mais toutes les violences envers les femmes. Jusqu’à présent j’ai du mal à comprendre que l’homme est plus valorisé que la femme. Quand j’étais plus jeune je me disais souvent ‘mon dieu, pourquoi tu ne m’as pas créé homme ??’. Aujourd’hui je suis contente de la femme que je suis devenue. »

Assiatou
: « Oui, l’excision ce n’est que le début. C’est comme si une femme doit souffrir, être soumise. Après l’excision c’est le mariage forcé. Ce qui m’a le plus choquée c’est qu’en tant que femme tu n’as pas le droit de choisir ta vie. On te propose un mari, tu n’as pas le droit de refuser. Alors qu’un mariage, c’est censé être réciproque. Mais dans la communauté, tout ce qui importe c’est qu’en tant que femme tu sois mariée…  Je me suis engagée à créer ce débat dans ma famille, à sensibiliser les gens sur la question du mariage qui doit être avant tout le choix et le bonheur des marié-e-s et non le symbole de toute une famille. »

Relais-1684Diariou :
« Oui, d’ailleurs dans la communauté on me demande toujours pourquoi je ne suis pas mariée ! »

« Au-delà des mutilations génitales féminines, du mariage forcé et d’autres violences j’ai constaté plus généralement qu’il y a un manque de dialogue. Les femmes vivent les mêmes choses, les mêmes violences, mais elles n’en parlent pas, même entre sœurs. Par exemple, le fait d’être vierge, c’est extrêmement important. Si j’ai une relation amoureuse et que je ne suis plus vierge, je n’oserai pas en parler avec ma sœur, par peur qu’elle aille parler avec les parents. Alors que peut-être qu’elle a vécu la même chose.  Même pour les filles qui ont grandi ici, la virginité c’est tellement important. Elles préfèrent mentir à leur fiancé que de dire la vérité. Pourtant, je me dis qu’il serait mieux de bâtir un nouveau mariage sur la vérite, la confiance… Pour l’homme ce n’est pas important, ce qu’il fait, il le fait. Mais pour les filles c’est complètement différent, si tu es une fille et que tu as eu des rapports avant le mariage on va te dire que tu es une mauvaise personne.. Mais c’est faux !!»

« La question de droits des femmes touche toutes les communautés, tous les pays. Les femmes européennes ont aussi dû se battre pour avoir un minimum de droits, le droit de vote par exemple, et pourtant il y a toujours des violences, sexuelles et autres, envers les femmes ici. Les gens me disent que je suis féministe… »

Pourquoi avez-vous choisi de rejoindre le groupe de relais du GAMS ?
Diariou : « Quand j’étais en stage je demandais souvent quand est-ce qu’il y aurait une formation de relais. Je souhaitais continuer à apprendre et à acquérir les connaissances et compétences nécessaires pour lutter contre les violences envers les femmes, que ce soit ici ou en Guinée. Le groupe est divers et toute le monde est très motivé. Chaque personne apporte quelque chose, certaines personnes sont plus à l’aise pour s’exprimer, d’autres ont plus de connaissances théoriques. »

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Assiatou : « Oui, pour moi, devenir relais communautaire c’est aussi avoir un statut auprès de ma communauté, de pouvoir me présenter en tant que relais communautaire du GAMS quand je sensibiliser les personnes. Cela me permet aussi de garder un lien avec le GAMS et de bénéficier de l’information et du soutien de la part de l’association pour mener à bien mon projet personnel qui est de retourner dans mon pays pour sensibiliser sur l’excision. Comme il y a des participantes de différents pays, la formation de relais nous permet de rencontrer d’autres communautés qui ont vécu l’excision, de savoir comment ça se passe chez elles/eux et de partager ensemble des connaissances et des expériences. »

Que pouvez-vous nous dire des stratégies pour sensibiliser vos communautés sur les MGF ?
Assiatou : « Parfois on dit que si seulement on explique les conséquences physiques, psychologiques et sexologiques de l’excision les personnes pratiquantes vont arrêter. Mais j’ai remarqué que les gens sont déjà au courant des conséquences, presque tout le monde le sait. Le problème c’est plutôt que les conséquences ne les emportent peu car le but de l’excision est justement de rendre la femme soumise. »

Diariou : « Je suis d’accord, les femmes en tout cas savent. Au niveau de la sensibilisation il faut avoir beaucoup de patience et créer une relation de confiance.
L’approche n’est pas la même ici en Belgique qu’en Guinée. En Guinée les associations ont besoin de soutien car elles manquent de fonds et les villages sont souvent difficiles d’accès. Et puis la Guinée a tellement de problèmes. Une personne qui n’a pas de quoi manger, qui n’arrive pas à envoyer son enfant à l’école, elle ne va pas forcément t’écouter si tu parles de l’excision. C’est pour ça que c’est vraiment un long processus et qu’il faut avoir beaucoup de patience pour sensibiliser. Une communauté qui a pratiqué quelque chose pendant des générations ne va pas juste arrêter du jour au lendemain. Ce n’est pas un travail qui peut se faire rapidement car c’est une tradition tellement ancrée. »

Les gens sont déjà au courant des conséquences, presque tout le monde le sait. Le problème c’est que les conséquences ne les emportent peu car le but de l’excision est justement de rendre la femme soumise.

Assiatou : « C’est vrai qu’en Guinée il y a beaucoup de travail à ce sujet. Pour moi il faut changer de stratégie, de méthode de travail, il faut plus d’effort de la part du gouvernement et des associations sur le terrain. A mon avis il faudrait une plus grande implication des médias, des colloques, des journées portes ouvertes… Il faudrait aussi intégrer les MGF dans l’enseignement, dans les cours de biologie par exemple, et dans les supports pédagogiques destinés aux professionnelLEs concernéEs.  Je pense aussi qu’il faut travailler sur la reconversion des exciseuses par la création d’activité rentables et leurs donner un autre rôle et statut dans leurs communautés. Il faut sensibiliser les hommes ca les MGF ne sont pas qu’une affaire de femmes, les impliquer dans cette lutte à travers des formations de relais communautaires afin qu’ils puissent eux-mêmes sensibiliser leurs propres communautés. Il me semble aussi important d’impliquer les sages, les imams pour qu’ils déconstruisent le fait que c’est une obligation de la religion… Enfin, il faut démystifier le tabou concernant la sexualité… »

Diariou :  « Mais il y e de l’espoir. Une mère qui renonce, c’est toute une génération qui va y échapper à terme. »

Assiatou :
« C’est pourquoi il faut se mettre tous et toutes ensemble pour lutter, chacun-e doit agir de son côté
pour espérer à un changement social. »

Il faut se mettre tous et toutes ensemble pour lutter, chacun-e doit agir de son côté pour espérer à un changement social

Est-ce que vous en parlez déjà avec votre famille et vos amiEs restéEs en Guinée ?
Assiatou : « Avec les personnes restées en Guinée le dialogue ne peut avoir lieu que par téléphone, ce qui est difficile, mais je commence petit à petit à en parler avec ma famille là-bas et aussi ma communauté ici. Je leur dis qu’il faut changer les mauvaises traditions. Nous avons de bonnes traditions, mais les mauvaises, comme l’excision, il faut les abandonner. Et surtout, il faut nommer les violences, si tout le monde laisse comme ça, sans s’opposer, rien ne va jamais changer. Il faut parler ! Les personnes au pays me disent ‘mais tu as changé en Belgique’… Alors qu’ici, quand je dis que je veux repartir en Guinée pour militer contre l’excision, on me dit « reste ici, vis ta vie », mais je veux changer les choses, je ne peux plus accepter l’excision ou le mariage forcé ! »

Quels sont vos projets pour le futur ?
Assiatou : « Dans un futur proche on continue la formation des relais et on va bientôt commencer à faire des interventions auprès du public.
J’aimerais aussi continuer à acquérir des expériences. Pendant mon stage au GAMS j’ai appris que le travail social il s’apprend aussi sur le terrain, ce n’est pas que pendant les études. C’est très important pour moi d’acquérir une expérience concrète du travail de terrain. Après mes études je veux commencer à repartir dans mon pays, pendant les vacances par exemple, pour sensibiliser ma communauté. Je souhaiterais faire un petit livret dans les langues locales pour pouvoir le distribuer dans les villages de ma région d’origine. »

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Diariou : « Moi aussi, j’aimerais bien voyager plus tard, aller travailler sur le terrain et acquérir des expériences nécessaires pour sensibiliser les gens à l’excision.  Mais pour l’instant j’ai un autre grand projet : je suis en train d’écrire un livre qui raconte l’histoire de plusieurs femmes, une femme guinéenne qui migre, ses rencontres, une femme ayant des origines africaines. N’importe quelle femme de chez moi qui pourra s’y retrouver… »
J’aimerais aussi que le GAMS vienne sensibiliser les étudiantEs dans mon élève car nous avons eu un cours très bref, et j’ai vu que les autres étaient très intéresséEs. Après la formation de relais, j’aimerais organiser quelque chose dans mon école d’AS. »

Avez-vous un petit mot pour la fin ?
« Merci de nous avoir donné la parole. On a souvent envie de DIRE, de NOMMER, mais on ne nous donne pas toujours la parole, surtout dans notre pays d’origine. »

2 commentaires à propos de “Rencontre avec deux jeunes femmes guinéennes, militantes et futures relais communautaires

  1. Aminatou Balde

    C’est très bien les filles, sachez que suis de coeur avec vous et je vous encourage plus car c’est pas une petite affaire. Il faut la patience, la perseverance et beaucoup de courage. Suis tres contente de vous. Bonne lutte contre les MGF.

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